Visite médicale dans le bâtiment : tous les combien, et qui décide
Vérifié le 6 min de lectureSources en bas de page
La visite médicale se renouvelle selon une périodicité fixée par le médecin du travail, qui ne peut pas dépasser 5 ans en suivi simple et 4 ans en suivi renforcé (avec une visite intermédiaire au plus tard 2 ans après). La date qui compte est celle écrite sur l’avis remis au salarié, pas un calcul.
Dans le bâtiment, la visite médicale est la date la plus souvent ratée, parce qu’elle dépend de quelqu’un d’autre : le médecin du travail fixe la périodicité, le service de santé donne le rendez-vous, et vous, vous devez savoir où on en est pour quinze personnes. Voici ce que disent les textes, et ce que fait un patron organisé.
À l’embauche : dans les trois mois
Tout salarié bénéficie d’une visite d’information et de prévention « dans un délai qui n’excède pas trois mois à compter de la prise effective du poste de travail » (article R4624-10). Elle est faite par un professionnel de santé du service de prévention et de santé au travail, pas forcément par le médecin lui-même.
Pour les postes à risques particuliers, ce n’est pas une visite d’information mais un examen médical d’aptitude, et il a lieu avant l’affectation au poste, pas dans les trois mois qui suivent. La différence compte le jour où vous mettez un nouvel embauché sur un échafaudage.
Ensuite : au plus 5 ans, et c’est le médecin qui décide
Le texte est clair sur les deux points. Le renouvellement se fait « selon une périodicité qui ne peut excéder cinq ans ». Et ce délai « est fixé par le médecin du travail », en tenant compte des conditions de travail, de l’âge, de l’état de santé et des risques (article R4624-16).
Autrement dit, 5 ans est un plafond, pas un rendez-vous. Le médecin peut fixer 3 ans pour un salarié et 5 pour un autre. La date qui fait foi est celle écrite sur l’avis remis à l’issue de la visite. Un tableur qui ajoute cinq ans tout seul se trompe dès que le médecin a décidé autre chose.
| Suivi | Pour qui | Périodicité maximale | Qui fixe la date |
|---|---|---|---|
| Individuel simple | La plupart des postes | 5 ans | Le médecin du travail |
| Adapté | Travail de nuit, situation de handicap, invalidité | 3 ans | Le médecin du travail |
| Individuel renforcé | Postes à risques particuliers (liste ci-dessous) | 4 ans, avec une visite intermédiaire au plus tard à 2 ans | Le médecin du travail |
Le suivi renforcé : quels postes du bâtiment
L’article R4624-23 dresse la liste des postes qui exposent à des risques particuliers. Plusieurs concernent directement le bâtiment :
- l’amiante (désamiantage, mais aussi interventions sur matériaux amiantés) ;
- le plomb, dans les conditions prévues par le code ;
- les agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction ;
- le risque de chute de hauteur lors des opérations de montage et de démontage d’échafaudages ;
- le risque hyperbare, les rayonnements ionisants, les agents biologiques des groupes 3 et 4.
S’y ajoute tout poste dont l’affectation exige un examen d’aptitude spécifique prévu par le code du travail. Et l’employeur peut compléter la liste lui-même, après avis du médecin du travail et du comité social et économique, en motivant chaque poste par écrit. La version de cet article a été mise à jour le 10 avril 2026 : c’est celle que nous avons lue.
En suivi renforcé, le renouvellement est fait par le médecin du travail lui-même « selon une périodicité qu’il détermine et qui ne peut être supérieure à quatre ans », avec une visite intermédiaire par un professionnel de santé « au plus tard deux ans après la visite avec le médecin du travail » (article R4624-28). Deux dates à suivre, donc, pas une.
Après un arrêt : la visite de reprise
Après un congé de maternité, une absence pour maladie professionnelle, une absence d’au moins trente jours pour accident du travail, ou d’au moins soixante jours pour une maladie ou un accident non professionnel (seuil relevé dans la version du texte en vigueur depuis le 15 juin 2026), le salarié passe une visite de reprise. C’est vous qui saisissez le service de santé au travail dès que vous connaissez la date de retour, et la visite a lieu le jour de la reprise ou dans les huit jours qui suivent (article R4624-31). Un maçon qui revient après deux mois d’arrêt et remonte sur le chantier sans cette visite, c’est une date ratée qui ne figurait dans aucun tableau.
Le service de santé ne donne pas de rendez-vous à temps
C’est fréquent, et ce n’est pas une excuse qui tient toute seule. Ce qui tient, c’est la preuve que vous avez fait votre part.
- 1Demandez la visite par écrit, courriel ou formulaire du service, dès que la date approche : deux mois avant, pas la semaine même.
- 2Gardez la demande et la réponse. Le jour où l’on vous demande pourquoi la visite n’a pas eu lieu, cette trace dit que le retard n’est pas le vôtre.
- 3Relancez par écrit à l’échéance, et notez la relance.
- 4Ne laissez pas un poste à risques particuliers sans examen d’aptitude : là, l’absence de visite avant l’affectation ne se rattrape pas par un courriel.
Tenir ces dates pour quinze salariés
Notez la date de la dernière visite et la date de la prochaine telle qu’elle figure sur l’avis. Pas un calcul. Pour un salarié en suivi renforcé, notez aussi la visite intermédiaire. Ajoutez la date de fin de l’attestation médicale exigée pour une autorisation de conduite, qui vit sa vie à part. Et prévoyez d’être prévenu deux mois avant : c’est le délai réaliste pour obtenir un créneau dans la plupart des services.
Les questions qui vont avec
Le délai de 5 ans court-il depuis la visite précédente ou depuis l’embauche ?
Depuis la visite précédente, et dans la limite fixée par le médecin du travail, qui peut être plus courte. La date à retenir est celle indiquée sur l’avis remis au salarié.
Un intérimaire doit-il passer une visite chez moi ?
Le suivi d’un intérimaire est assuré par l’entreprise de travail temporaire et son service de santé. Vous devez en revanche vérifier que le suivi correspond au poste que vous lui confiez, surtout s’il relève du suivi renforcé.
Que se passe-t-il si le salarié refuse d’aller à la visite ?
La visite est une obligation pour lui aussi. Convoquez-le par écrit, gardez la trace, et traitez un refus répété comme un manquement. Ce que vous ne pouvez pas faire, c’est le laisser au poste en faisant comme si de rien n’était.
Le montage d’échafaudages impose-t-il le suivi renforcé à tous les maçons ?
Le texte vise le risque de chute de hauteur lors des opérations de montage et de démontage d’échafaudages. Ceux qui montent et démontent relèvent du suivi renforcé ; c’est au médecin du travail et à vous, dans la liste des postes, de le préciser pour chaque salarié.
La visite intermédiaire à deux ans est-elle une vraie visite médicale ?
C’est une visite avec un professionnel de santé du service, qui n’est pas forcément le médecin du travail. Elle est due au plus tard deux ans après la visite avec le médecin, en suivi renforcé, et elle se rate aussi facilement que l’autre.
Sources
Chaque page a été ouverte et lue à la date indiquée. Un texte peut changer : la date dit jusqu’où ce guide est à jour.
- Légifrance, code du travail, article R4624-16 (périodicité du suivi individuel) · consulté le 3 septembre 2026
- Code du travail numérique, article R4624-10 (visite d’information et de prévention dans les trois mois) · consulté le 3 septembre 2026
- Code du travail numérique, article R4624-23 (postes à risques particuliers, version du 10 avril 2026) · consulté le 3 septembre 2026
- Code du travail numérique, article R4624-28 (suivi individuel renforcé : 4 ans, visite intermédiaire à 2 ans) · consulté le 3 septembre 2026
- Code du travail numérique, article R4624-31 (visite de reprise) · consulté le 3 septembre 2026
Ce guide explique ce que disent les textes et ce que fait un employeur organisé. Il ne donne aucun avis sur votre situation et ne remplace ni votre service de prévention et de santé au travail, ni un juriste.
À lire ensuite
- CACES : durée de validité, 5 ans ou 10 ans selon la catégorieTous les CACES durent 5 ans, sauf le R482 (engins de chantier) qui dure 10 ans. Le tableau par recommandation, ce qui est vraiment obligatoire, et quoi faire quand la date est passée.
- SST : un recyclage tous les 24 mois, et combien de secouristes par chantierLa carte SST est valable deux ans et se prolonge par un maintien des compétences avant la date. Ce que dit l’article R4224-15 sur le nombre de secouristes, et comment ne pas rater les 24 mois.
- CACES, visite médicale ou SST expiré : ce que risque l’employeurAmende de 10 000 € par salarié concerné, 4 000 € par salarié sans carte BTP, faute inexcusable en cas d’accident : les montants, les articles, et quoi faire le jour où l’on découvre la date.